Bienvenue dans le blog du livre "Français, réveillez-vous!", un regard décalé et décapant sur la France par un Français de l'étranger.
Le débat a commencé...

Fonctionnariat

Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /2009 05:19

Il y a quelque temps, je suis retourné dans mon pays natal, Grenoble. J’aime cette ville entourée de montagnes qui conduisent à l’humilité devant cette impressionnante nature. Je déambule dans les rues de ma jeunesse, place Grenette, la vieille ville, les quais… me laissant aller à mes émotions. Je m’engage sur les grands boulevards et la pluie se met à tomber. La marche est encore longue pour aller jusque chez ma mère. Je décide alors de prendre le bus. Il arrive et, comme chantant sous la pluie, je tends avec un sourire – un peu ridicule en ces temps où tout le monde s’adonne à la tristesse – un billet de cinquante euros au chauffeur. Soudain, le monde bascule. Sans me regarder, après un soupir d’exaspération, il me jette sur un ton de haine sournoise et contenue « vous n’avez pas la monnaie ? » Encore sous l’effet de l’adrénaline bienfaisante de mes souvenirs d’enfance, je lui réponds calmement « non, Monsieur, je n’ai que ce billet ». C’en est trop pour ce chauffeur que visiblement je suis venu déranger en entrant dans son bus ; il se lâche davantage cette fois et sa haine commence à sortir de ses tripes : « C’est toujours pareil ! Vous ne pouviez pas penser qu’il faut prévoir de la monnaie avant de prendre le bus ? Partout vous pouvez faire de la monnaie en ville ! » Je suis scotché. Sans doute n’ai-je plus l’habitude après toutes ces années passées en Asie, sans doute suis-je complètement « à-côté de la plaque » dans mon propre pays. Ce qui m’insupporte, c’est le ton, la manière. Alors, je décide de lui répondre : « Cher Monsieur, je n’apprécie guère le ton sur lequel vous me parlez. Je vous rappelle que je suis un client et que, en partie grâce à moi, vous serez payé à la fin de ce mois ». Mais rien ne l’inquiète et, un sourire en coin, il me jette : « au cas où vous le ne sauriez pas, je serai payé de toute façon ! » Argument implacable. Je tente autre chose : « Voyez-vous, j’ai vécu au Japon plusieurs années puis maintenant en Chine ; dans ces pays le client est roi ; si l’on estime avoir été mal servi, on peut se plaindre et on obtient souvent gain de cause ». Je prenais ainsi le risque d’un plaidoyer sur les limites de la liberté en Chine, mais visiblement, sûr de lui et se moquant bien de mon argumentation, il me répond « eh bien allez vous plaindre à qui vous voulez, mais la prochaine fois tâchez d’avoir la monnaie ; voilà votre monnaie justement ; maintenant ma caisse est vide et il va falloir que je fasse la monnaie moi-même ! » Ce qui importe, c’est la préservation au millimètre de son petit monde, de ses petites habitudes. Si quelqu’un, quel qu’il soit (il ne m’a toujours pas regardé dans les yeux), perturbe un peu son univers bien huilé, il devient un ennemi. Il n’y a rien à faire me dis-je, mais, avant d’aller m’asseoir, je ne peux pas m’en empêcher : « Voyez-vous, Monsieur, si vous étiez indépendant, si ce bus était votre propriété, s’il était votre unique gagne-pain, il est probable que vous m’auriez regardé dans les yeux et dit « bonjour » quand je suis entré, assez content d’avoir un nouveau client, que vous auriez bien plus de monnaie que vous n’en avez, et si vous n’en aviez pas eu, il se peut même que, tournant en dérision ce petit problème de billet de cinquante euros, nous soyons devenus copains. » Il ne m’écoute plus. Il reste dans son monde et me renvoie vers le mien. Impossible communication.

 

 

Extrait du livre "Français, réveillez-vous!"

  

 

Par Michaël Doukhan - Publié dans : Fonctionnariat - Communauté : Politique française
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Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /2009 05:10
Le 31 octobre 2006, je me suis rendu à Hossegor chez mon cousin ; en faisant mes courses au Leclerc de Cap-Breton, je vis un vélo et envisageai de l’acheter pour ma fille. Ce modèle d’exposition était le dernier vélo disponible dans cette catégorie, et malheureusement la selle était abîmée. J’appelle un vendeur et lui demande s’il peut changer cette selle en mousse. Il se renseigne, mais il n’y a en stock que des selles en plastique, que je refuse en pensant aux fesses fragiles de ma progéniture. Je lui demande s’il peut m’accorder une remise. Il refuse. Alors, je lui dis « il me parait normal qu’un produit endommagé soit moins cher qu’un produit en bon état » ; il commence à s’énerver (je ne sais toujours pas pourquoi d’ailleurs) et me répond « on ne change pas le prix ; c’est comme ça et pas autrement ». Le trouvant impoli, je lui dis « au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, je suis un client qui essaie d’acheter un de vos produits au juste prix, mais il semble que vous vous moquiez complètement que j’achète ou pas ce vélo ». Alors, il me lance royalement avec un sourire qui en dit long sur son état d’esprit « de toute façon ça ne rentre pas dans mes poches ! » Il est employé certes, mais ne comprend pas que son salaire n’est possible que si son employeur fait des affaires. Il est totalement déconnecté de la relation vente/profit (et donc salaire) alors qu’il est vendeur lui-même. Imaginons que je me sois rendu dans son magasin, dont il aurait été propriétaire : il aurait trouvé pour moi une solution, car naturellement, une vente aurait signifié pour lui profit (et il aurait été de plus assez content de se débarrasser d’un produit endommagé). Mais ce n’est pas le cas. Je m’en vais donc et il garde son vélo ; le lendemain, j’en achète un autre ailleurs… Ce n’était qu’un exemple de la contamination de l’esprit du fonctionnaire sur le privé, sur tout un peuple, le peuple de France1.

1 A l’heure où j’écris ces lignes (deux mois après l’anecdote), j’apprends que le vélo en question n’a toujours pas été vendu !


Extrait du livre "Français, réveillez-vous!"

  

 
Par Michaël Doukhan - Publié dans : Fonctionnariat - Communauté : Vos articles nous intéresse !
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