Bienvenue dans le blog du livre "Français, réveillez-vous!", un regard décalé et décapant sur la France par un Français de l'étranger. Le débat a commencé...
Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 05:30

Lorsqu’on part à l’étranger pour une longue période, la phase initiale peut s’apparenter à la découverte d’un enfant qui vient de naître. On est ébloui par tant de différence, on s’en amuse, elle nous excite. On passe les premières semaines à prendre des clichés sur cette nouvelle réalité que jamais auparavant on n’avait pu imaginer. Excitante et drôle période. Le jour de mon arrivée au Japon, j’emménageai dans un appartement dans une lointaine banlieue de Tokyo (Shinkoiwa) où personne ne parlait anglais. Mon niveau de japonais se limitait à quatre ou cinq phrases fièrement apprises dans l’avion, mais incompréhensibles (j’allais vite m’en rendre compte) étant donné ma pitoyable prononciation. Mon propriétaire maîtrisait heureusement la langue de Shakespeare et je pus m’installer. Je voulus prendre une douche, mais il n’y avait pas de savon dans la salle de bain. Je descends au petit magasin de quartier que j’avais vu en arrivant, ce type de lieu extraordinaire de trente mètres carrés où l’on trouve tout. Un ancêtre m’accueille. Il doit avoir quatre-vingt-dix ans. Travaille-t-on encore à cet âge-là ? Je n’essaie pas de lui faire comprendre ce que je cherche – nous sommes proches pourtant, car mutuellement incompréhensibles ! – et j’erre à travers les minuscules allées de son magasin. Rapidement, je tombe sur un paquet écrit en japonais qui semble contenir des savons ressemblants à nos Marseillais, couleurs jaunâtres. Je remonte enfin prendre ma douche tant attendue et entreprends de me frotter le corps ; mais, mon voyage commence à prendre une tournure désagréable lorsque je constate que ce savon maudit ne mousse pas ! Je me sèche et j’ai bien l’intention de me plaindre à ce vieillard qui m’a bien eu. Je suis alors bien obligé de parler. Je mélange le français et l’anglais, peu importe de toute façon, il ne comprend rien et me regarde d’un air ahuri : mais que veut ce jeune gaijin[1] ? Puis à force de m’observer gesticulant stupidement, parlant avec mes mains et mon corps tout entier – puisqu’il ne me reste que cela à faire – reproduisant la scène de la douche, il semble comprendre enfin et éclate de rire ! Gonflé le papy ! C’est à son tour de gesticuler, et il parvient à me faire comprendre que je n’avais pas acheté des savons, mais des galettes de riz séché que l’on consomme grillées au barbecue ! C’est ce que j’appelle le premier choc culturel.

Des expériences similaires agrémentent les journées passées au bout du monde. Elles pimentent la vie du curieux (je parlerai plus loin des abrutis). Mais au bout d’un an de découvertes, on arrive devant le mur de la différence culturelle : on ne parle pas encore la langue (ou trop peu), on est dérouté par le comportement différent de ces étrangers (alors que ce sont nous les étrangers maintenant !)… en d’autres termes, on se rend compte que pour enfin entrer dans ce pays, être accepté de lui au-delà de la superficialité dans laquelle on se trouve, il va falloir faire énormément d’efforts : apprendre vraiment la langue, s’ouvrir davantage à de nouvelles conceptions de la vie elle-même, parfois en remettant en cause ses propres acquis et ridicules convictions ! Cette période hautement difficile à traverser est un test naturel. La plupart des voyageurs rentrent chez eux ou se réfugient dans le marasme de la « communauté française » où l’on rencontre (attention, je vais me lâcher !) des abrutis qui sont là depuis dix ans et qui ne savent pas dire autre chose que kon nichi wa et sayonara[2], qui se regroupent entre eux uniquement – « comment est-il possible d’avoir une relation suivie avec un Japonais » ai-je souvent entendu –, qui cassent du sucre sur leurs hôtes du matin au soir. Je vomis à jamais sur cette catégorie des Français de l’étranger ; je les ai vus à Tahiti (où ils pensent être chez eux !), à Tokyo et à Shanghai. Restez dans votre petit monde à jamais. Je vous hais pour votre suffisance qui n’a d’égal que votre stupidité. C’est dit !

Puis, un jour, il faut rentrer chez soi, dans son pays. À la condition essentielle que l’on se soit intéressé à la culture du pays étranger où l’on a vécu quelques années, ce retour au pays est souvent très difficile : on ne parvient plus à communiquer avec ses compatriotes, on se sent en décalage. C’est ce que j’appelle le deuxième choc culturel, le pire des deux. Certains ne s’en remettent pas et, après quelques mois, repartent à l’étranger.

 

 


Extrait du livre "Français, réveillez-vous!"

  

 



[1] Etranger.

[2] Bonjour et au revoir.

Par Michaël Doukhan
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 05:20

On en a déjà beaucoup parlé, mais je vais en remettre une petite couche, à ma sauce, car c’est un exemple de révolte de la jeunesse qui me parait intéressant. Le C.P.E. (Contrat Pour l'Emploi) fut une formidable avancée sociale des travailleurs et, à ma connaissance, il n’y a pas de précédent dans l’Histoire : la grève généralisée avant même de n’avoir jamais commencé à travailler ! Le monde entier nous reconnaît cette supériorité, cette capacité à nous projeter dans le futur des acquis sociaux. Bravo ! Mort de rire. Le monde entier a bien ri grâce à vous, jeunes de France, biens aidés, il faut le reconnaître, par le syndicalisme français, toujours là quand il s’agit de gratter un peu plus, quelles qu’en soient les conséquences, et par le peuple de gauche au « grand cœur » – à droite il n’y a que des salauds de bourgeois c’est bien connu – toujours là pour exprimer sa pitié envers ceux qui souffrent, que cette pitié soit utile ou non n’a aucune importance puisque la pitié c’est beau de toute façon !

Le C.P.E. était, en plus de la dynamique qu’il pouvait créer pour vous aider à trouver du travail, une chance formidable de vous aider à connaître la difficulté dans un contexte économique réel. Flirter une fois au moins avec la précarité constructive, celle de celui qui travaille et qui peut être mis dehors au bout de quelque temps s’il n’est pas bon. Tout comme notre chasseur préhistorique qui, s’il ne parvient pas à tuer un animal au bout de quelques jours, meurt de faim. Voilà ce que je vous souhaite de tout mon cœur. Car lorsqu’on connaît cette précarité-là, on n’a plus envie d’y retourner. Plus jamais. Mais c’est un passage obligé.

N’ayez pas peur ! Deux ans pendant lesquels on peut être licencié du jour au lendemain ? C’est justement cela que vous devriez souhaiter et demander comme condition d’embauche ! Les banques n’accepteront pas de vous prêter de l’argent pour acheter un appartement ? Soyez content déjà de pouvoir dormir au chaud dans un appartement de location grâce à votre salaire et non plus grâce à papa-maman ou à l’allocation chômage ! Le C.P.E. était une formidable chance de devenir adulte, de laisser Peter Pan derrière vous, mais vous l’avez refusée.

 

 

Extrait du livre "Français, réveillez-vous!"

  

   
Par Michaël Doukhan - Publié dans : Jeunesse - Communauté : Politique française
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 05:15

L’optophobie c’est la peur d’ouvrir les yeux. Voilà une pathologie que l’on croit rarissime dans les milieux médicaux, mais qui est pourtant généralisée en France. Presque tous les Français en souffrent. Ils préfèrent garder les yeux fermés dans un monde de rêves plutôt que de les ouvrir sur la réalité. Mes nombreux voyages en Europe, en Asie, en Afrique et aux États-Unis me laissent à penser que cette maladie est particulièrement répandue en France. Une mauvaise nouvelle pousse souvent au sursaut, mais pas chez nous. Malgré la phase de décadence dans laquelle ils vivent actuellement, les Français ne tentent pas d’ouvrir les yeux sur la réalité, ils préfèrent continuer leurs rêves en attendant que cela se passe, que cela s’arrange, un peu comme dans un avion en train de tomber, de plus en plus vite, les passagers restants tremblants mais bien sagement assis à ne rien faire ; ils espèrent qu’un sauveur va surgir tout à coup, ils y croient de plus en plus fort à mesure que l’avion s’approche du sol ; à ce stade ils sont prêts à suivre n’importe qui. Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles de 2002 n’était qu’un signe avant coureur ; le pire est sans doute à venir.

L’hypégiaphobie c’est la peur des responsabilités. Là encore, cette triste maladie touche surtout les Français, de plein fouet. Ils se moquent complètement des conséquences de leur immobilisme sur les générations futures. Autrement dit, leur amour parental sonne creux, ils s’inquiètent peu de leurs propres enfants. Seuls leur importent leurs petits avantages présents. Ils ne veulent pas entendre parler d’environnement concurrentiel, de remise en question de l’âge de la retraite, de certains avantages sociaux… Après eux, le déluge.

Ces deux pathologies françaises se nourrissent les unes les autres si bien que plus le temps passe, plus on s’enferme dans des idéaux, plus on brille d’irresponsabilité. Les plus atteints souffrent en plus de phobophobie (peur d’avoir peur), voire de pantophobie (peur de tout).

Comment en est-on arrivé là ?

D’abord, l’État français, hyper protecteur, rend impossible l’accès à la maturité de ses enfants, les petits Français (de tout âge). Ceux qui ont procréé savent (ou devraient savoir) qu’il y a forcément un moment dans l’éducation où l’on doit laisser ses enfants aller à l’encontre des difficultés, les lâcher dans la jungle de la vie, les pousser à affronter la concurrence (à l’école, la force physique et morale des copains, en amour…) afin qu’ils commencent à réactiver leur instinct de survie naturel (endormi par l’hyper protection parentale). Un fameux proverbe chinois dit qu’il est préférable d’enseigner les techniques de pêche à quelqu’un plutôt que de lui donner un poisson. C’est le principe même d’une bonne éducation. Donner indéfiniment de la nourriture et de la protection à l’élève est dangereux et irresponsable, car lorsque le maître disparaît, l’élève meurt de faim. En revanche, si celui-ci a appris à se procurer son pain quotidien et à se protéger, à la fois l’élève et le maître sont libérés. Mais si l’élève (le citoyen) est toujours protégé, alors, lorsque le maître (l’État, l’économie…) va mal, la peur s’empare de celui-là, il ne sait plus quoi faire et il se met à faire n’importe quoi.

  Ensuite, ...

 

 

Extrait du livre "Français, réveillez-vous!"

  

 
Par Michaël Doukhan - Publié dans : Les peurs de Peter Pan
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  • : Le Français, bercé d’idéologies et illusions multiples, est un rêveur qui ne veut pas se réveiller : il souffre du syndrome de Peter Pan (attachement à un monde imaginaire, fuite des responsabilités), cette maladie qui a gangrené tout un pays, le mien, celui de mes enfants.
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